« Je voudrais être une machine » : cette épigramme célèbre d'Andy Warhol (1928-1987), et son choix de la reproduction photosérigraphique au début des années soixante, ont fait oublier qu'il a d'abord été formé à l'art de l'illustration et, surtout, qu'il n'a cessé de dessiner jusqu'à ses derniers jours, reprenant dans de nouvelles mises en pages les motifs si souvent répétées à la machine, comme s'il lui fallait à nouveau creuser de ses propres mains le même sillon. Le Pop Art a bel et bien été inventé et perpétué à main levée… Aussi ses dessins, loin d'être accessoires, sont une part essentielle de la conception que Warhol se faisait de son art. Et, comme ses peintures, ils sont souvent très spectaculaires.
D'un premier Autoportrait daté de 1942 à des dessins à l'acrylique relatifs à La Dernière Cène en 1986, la production dessinée de Warhol est aussi abondante que variée. Portraits, caricatures, scènes de genre, planches décoratives et publicitaires, portfolios autopromotionnels, le dessin reste jusqu'à la fin des années cinquante son medium de prédilection. Celui par lequel il parvient à dépasser les influences de Paul Klee, Picasso, Matisse, Cocteau ou Aubrey Beardsley, et d'artistes américains comme Ben Shahn, Charles Demuth ou Paul Cadmus. C'est par le dessin que Andrew Warhola devient Andy Warhol.Les techniques qu'il met au point (tampon, lignes brisées ou obtenues par transfert, pochoir, collage…) sont généralement conçues en vue de la répétition et de la reproduction.
La peinture, puis le cinéma, l'accaparent totalement entre 1963 et 1973 : il revient au dessin à cette date avec d'autres objectifs, étroitement liés à sa production picturale, notamment les portraits de commande, dont celui de Mao constitue le parangon. Il l'emploie désormais pour mettre à l'épreuve certaines options chromatiques, graphiques ou conceptuelles, très souvent dans des formats imposants qui excèdent largement celui d'une simple esquisse : les dessins sont fréquemment des tests à l'échelle des peintures et ont un impact similaire. Ils permettent de mettre en évidence son inventivité technique dès les années cinquante, de réévaluer la question de la reproduction manuelle puis mécanique, notamment en considérant son rapport à la photographie.
Ils sont aussi l'occasion d'envisager avec plus de précision les passerelles entre la publicité commerciale et le grand art, et de mieux comprendre le déploiement de ses différents registres thématiques. Des dessins et documents, rares ou négligés, permettent de pénétrer plus avant dans la fabrique (The Factory) de l'œuvre d'un artiste dont bien des aspects restent à découvrir.
Caractéristiques
Auteur : Alain Cueff
Éditeur : Réunion des Musées Nationaux
EAN : 9782711882175
Poids : 0.808
ISBN : 2711882179
Nombre de pages : 208
SKU : 5883372



















